Histoire

 

1959

Création de la Biennale de Paris par André Malraux, Ministre de la Culture et écrivain. L’objectif était de doter Paris d’un grand événement artistique, de présenter un panorama de la jeune création internationale et d’en faire un lieu de rencontres où devaient s’expérimenter les nouvelles modalités d’un art du futur. La Biennale de Paris est la troisième biennale créée au monde après Venise et Sao Paulo. Sa première édition est inaugurée le 3 octobre sur le parvis du Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris (MAMVP) avec Méta-Matic 17, une installation machine sculpture de Jean Tinguely dynamisé par un moteur qui produisaient des dessins à la chaine, travail considéré à l’époque comme avant-gardiste.

1971

Devenue lourde, la biennale doit s’adapter à son temps et le commissaire d’exposition Georges Boudaille est alors nommé à la tête de la manifestation. Il met en place un nouveau type d’exposition, conçu non plus sur le modèle des autres biennales, mais sur celui de la Documenta de Cassel, un peu plus éclaté. La Biennale de Paris se déplace ainsi au Parc Floral de Vincennes. Dans les années suivantes la biennale est la première au monde à exposer des travaux vidéo et photo qui sont dès lors considérés comme relevant du domaine de l’art. La biennale présente pendant son histoire mouvementée des œuvres d’art majeures du XXe siècle.

1985

Le Ministère de la Culture liquide la Biennale de Paris avec un déficit d’approximativement 10 millions d’Euros. Le budget de la biennale est utilisé par l’architecte Jean Nouvel pour restaurer la Grande Halle de la Villette. Jacques Lang, Ministre de la Culture tente de relancer une biennale en 1987 mais sans succès. Après des nombreux rebondissements pendant son histoire dont l’abolition de la limite d’âge à 35 ans pour les artistes participants fixée à ses débuts, après être devenue une gigantesque machine et un rendez-vous des artistes les plus réputés du moment, après être rentrée dans le lot commun des biennales et après 13 éditions la Biennale de Paris tombe dans le domaine public et l’association qui l’organisait est liquidée.

1993

Le ministère décide de créer et de financer une biennale en province à Lyon, la Biennale de Lyon, l’idée de relancer la Biennale de Paris ayant été enterré. Une étude pour relancer la biennale est commandée par le Ministre de la Culture, Phillipe Douste-Blazy à Alfred Pacquement. Directeur de l’Ecole nationale supérieure des beaux-arts de Paris (ENSBA) et du Centre Pompidou pour faire renaître la Biennale de Paris. Des réunions ont eu lieu entre le Ministère de la Culture, l’Institut Français, la Ville de Paris et Redoip, la société américaine qui organise la FIAC. Avec de l’argent public, avec une équipe d’experts et après des années de tergiversations aucun projet n’est formulé et lancé. Des réunions entre ces institutions sont organisées jusqu’en 2000.

2000

La biennale écrit un nouveau chapitre de son histoire d’une façon complètement inattendue. L’artiste Alexandre Gurita capte la Biennale de Paris au Ministère de la Culture. Son intention était d’utiliser cette institution tombée dans le domaine public comme une stratégie mise au service de la liberté de penser l’art au-delà de son régime normatif. La biennale était devenue un langage, un support et un matériel de travail au service de l’art à l’oeuvre en ce début de XXIe siècle. Près de 1700 démarches et artistes ont été étudiés pour la programmation de sa XIVe édition. La Biennale de Paris devient la première biennale sans œuvres d’art et implicitement sans exposition, sans commissaire d’exposition et sans spectateur. Reformulée totalement, la biennale devient une institution au service des artistes et de ceux qui souhaitent faire avancer l’art. Cette captation institutionnelle s’envisageait alors comme était la conséquence d’une approche invisuelle de l’art.

2004

Après des contestations venant du Ministère de la Culture qui n’a pas perçu d’un bon œil la subtilisation de la Biennale de Paris par une initiative échappant à son autorité considérée comme « naturelle », après des contestations de la part de certains acteurs de l’art et avant tout des artistes d’avant-garde des années 1960/70 qui ont contribué pourtant à sa réputation, et finalement après quatre ans de travail acharné, la XIVe Biennale de Paris est enfin organisée avec une trentaine de participants de 10 pays différents à Paris sur trois semaines et dans une dizaine de lieux en relative toute discrétion. Un catalogue de 540 pages en français, anglais et allemand, préfacé par Paul Ardenne est édité mais sa diffusion reste limité.

2006

Suite aux suggestions de l’artiste Sylvain Soussan, la durée d’une biennale est passé à deux ans et depuis cette date la Biennale de Paris se déroule dans le monde entier. Elle est devenue ainsi une biennale en lieux et temps réel, en phase avec les artistes et les pratiques auxquelles elle s’adapte.
A travers son adaptabilité aux pratiques artistiques, la biennale réinvente le rapport de l’institution à l’artiste et à l’art. Elle devient ce que l’on peut appeler une une institution horizontale. La XVe Biennale de Paris a ainsi lieu du 1er octobre 2006 au 30 septembre 2008 à Paris, en Régions et dans le monde entier. Au-delà de cette classification territoriale, des projets Tous Territoires (TT) et des projets Sans Territoire Fixe (STF) participent à cette édition. Avec l’aide des artistes François Deck et Marion Baruch et de l’Institut Roumain un catalogue annuaire de 1148 pages réunissant les artistes et les projets participants est édité par la biennale et diffusé par Paris Musées.

2009

Le Ministère de la Culture commence à soutenir la Biennale de Paris et constate son rôle majeur dans l’art en train de se faire et Mark Alizart du cabinet du Ministre de la Culture accorde une subvention à la biennale. Grâce à l’artiste Ricardo Mbarkho, cette même année a lieu la première délocalisation à Chypre en partenariat avec Artos Foundation, le Ministère de la Culture Chypriote et la Ville de Nicosie. En se déplaçant sur le lieu même d’une pratique artistique la biennale remet à plat l’autorité verticale institutionnelle devant laquelle les artistes doivent généralement se soumettre, elle affirme que c’est l’institution qui doit s’adapter aux artistes et aux impératifs de leur travail, seule condition pour que l’institution de l’art soit légitime. Plusieurs biennales et institutions comme La Documenta ont tenté d’imiter à leur façon ces dernières années ce principe d’action de la Biennale de Paris. Depuis cette date plusieurs délocalisations ont eu lieu dans le monde entier. Cette même année la biennale s’attaque à des questions fondamentales dans l’art et créée plusieurs sections dédiées : éducation, économie, terminologie, stratégie, collection, institution.

2012

En 2008 la biennale avait créé son Collège dans l’idée d’en faire une école et en constatant le rôle essentiel de l’éducation dans l’art. La Biennale de Paris applique le principe qui l’a fait renaitre et capte l’Institut des hautes études en arts plastiques (Iheap) créé par la Ville de Paris en 1989 et liquidé en 1995 après sept ans de fonctionnement. L’institut a été voulu par Jacques Chirac qui a demandé à Pontus Hulten (co-concepteur du Centre Pompidou) de le créer. L’institut se voulait être une école dans la lignée de Bauhaus et Black Mountain College. Avec un budget d’environ un demi million d’euros par an financé par la ville et une vingtaine de boursiers par année, l’institut a inventé ce qu’on appelle aujourd’hui le post diplôme. Le post-diplôme a depuis été repris et s’est répandu en France. Avec l’aide de Nicolas Bourriaud et de Jean-Pierre Simon du Ministère de la Culture – DGCA (Direction générale de la création artistique), la Biennale de Paris obtient des locaux à l’Hôtel Salomon de Rothschild qui lui avait par ailleurs appartenu dans les années 1970.

2015

Depuis 2013 l’Institut National de l’Audiovisuel (INA) a crée une section Biennale de Paris à la Bibliothèque Nationale de France et numérisé, sur mission de l’Etat pour la sauvegarde du patrimoine, un certain nombre d’oeuvres et de documents de la biennale depuis 1959 jusqu’à 2013. La biennale créé un Institut des hautes études en arts plastiques (Iheap) à New York en septembre sur le même modèle que celui de Paris. Première école d’art française à l’étranger l’Iheap New York est devenue l’année suivante The National school of art (NSOA). L’idée de création d’un institut d’art français à New York est intervenue après une délocalisation de la Biennale de Paris en 2011 à New York suivie d’un voyage de coopération de l’Iheap en 2014 avec des institutions américaines comme la Yale University School of art, Columbia University School of art, School of visual art (SVA), New York University, Queens Museum of art et avec des personnalités comme Robert Storr, Doyen de Yale University school of art, Marek Bartelik, Président de l’AICA US et international ou encore Lili Chopra Directrice du FIAF (French Institute Alliance Française).

2016

En décembre et après l’attaque en justice de l’artiste français Daniel Buren contre l’Institut des hautes études en arts plastiques (Iheap), l’institut change de nom et devient Ecole nationale d’art (ENDA). Cet artiste qui avait par ailleurs rédigé un manifeste contre l’Iheap dans sa version actuelle avait estimé que le programme de l’institut détruisait les valeurs de l’art du XXe siècle. Cette même année est créé en partenariat avec Pioneer Works la première Alternative art school fair (AASF) à New York. AASF a réuni pour la première fois ce que l’on appelle des écoles d’art alternatives dans le but de renforcer leur statut et leur action dans un paysage pédagogique artistique anglo-saxon dominé par des écoles extrêmement chères et souvent accessible uniquement aux plus aisés. A cette première édition 40 écoles de 17 pays y ont participé. Cette même année Baptiste Pays devient responsable des programmes et employeur, la biennale se reformule ainsi une nouvelle fois pour aller plus loin dans son entreprise.

2017

La Biennale de Paris met à l’oeuvre encore une fois le principe de captation institutionnelle et récupère la Revue de Paris créée en 1829, pour en faire un organe média au service de pratiques artistiques et d’une certaine pensée affranchis des standards qui régissent l’art. A certaines périodes, la Revue de Paris s’est intitulée la Revue des Deux Mondes. En octobre l’Institut National d’Histoire de l’Art (INHA) organise un grand séminaire et programme de recherches sur la période allant de 1959 à 1985 de la Biennale de Paris qui vise à susciter une réflexion sur son importance aujourd’hui. En novembre et avec le soutien de l’Etat et des partenaires publics et privés se déroule la Biennale de Paris au Guatemala. En juin démarre la préparation de la Biennale de Paris au Venezuela prévue pour mars 2019. Cette même année la biennale préfigure le Classement de Paris, LELI (L’école de l’invisuel) et le Centre de ressources et de documentation sur l’invisuel (credi).

2018

La Biennale de Paris créée le premier Forum mondial des économies de l’art (Fomea)le 30 juin et le 1er juillet à Paris en partenariat avec l’Hôtel de Ville. Sans avoir la prétention de renouer avec les banquets fastueux du Comité des réceptions de la biennale des années 1970 et des membres prestigieux comme Elsa Shiaparelli ou la comtesse Anna de Noailles, cette même année est organisé le premier diner de la Biennale de Paris. La préparation du soixantenaire de la Biennale de Paris est lancée et le tournage d’un film documentaire retraçant son histoire est mis en route. A l’initiative de l’artiste Gary Bigot se déroule la Biennale de Paris au Luxembourg.

Liens

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