200 ans de loyaux services
Sujet n° 15 proposé par Francesco Masci
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La modernité est une histoire de séparations. Division de la société en sous-systèmes fonctionnels, et, en retour, apostasie de la société, de la part du sujet. Désormais, séparé de la société, celui-ci évolue dans une splendide sécurité, où il jouit, en tant que sujet esthétique, de l’entière liberté de choisir les formes de sa présence. Tout lui est permis, à condition de laisser la réalité inchangée. Ce qu’il produit, ou mieux ce par quoi il est produit, ce sont des images, ou des événements, c’est-à-dire des tranches de temps déjà consommé. Ses figures sont inépuisables, moments éphémères dans le temps circulaire de la culture : négation-production-négation de l’événement, une circularité vicieuse, une révolution qui ne s’arrête jamais. C’est par ce mélange parfait du moralisme du XVIIIème siècle (la condamnation du monde mauvais), et de l’économisme du XIXème siècle (l’invention d’un produit inusable) que naît l’avant-garde. Devoir toujours tenir la dernière place, le rien derrière soi, prêt à l’assaut contre la réalité. Mais la réalité n’offre aucune résistance. Comme l’« homme de campagne » de Kafka qui attend toute sa vie devant la Loi, sans pouvoir y entrer, le sujet esthétique ne vit que dans l’attente. Aucun gardien ne se dresse pourtant devant lui pour lui empêcher l’accès à une réalité tant convoitée. Il est lui-même le gardien.
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