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Spectatorship *Spectatorship* Le substantif collectif anglais spectatorship désigne bien plus que la communauté de spectateurs ; il recouvre davantage que le seul phénomène« spectatorial ». Il nomme un régime de visibilité qui est à la fois constitutif des conventions qui régissent la production et la réception de l'art, et constitué par elles. En évacuant toute notion d'usage actif, spectatorship s'oppose à usership, un rapport à l'art fondé sur l'usage. Comme l'œuvre, comme l'auteur, le spectateur fait partie d'une « Sainte trinité » à la base de ces conventions artistiques, héritées de la Renaissance et encore en vigueur, bien que fortement mises à mal aujourd'hui par certains praticiens et théoriciens. Si le monde et le marché de l'art semblent pouvoir envisager l'éventualité d'un art sansœuvre et sans auteur - poursuivant des expériences de dématérialisation radicale et de généralisation des initiatives collaboratives - l'idée d'un art sans spectateur, en l'absence de tout spectatorship, reste anathème non seulement à leurs us et coutumes mais à leur existence même. Dans les sermons « critiques » qui ne manquent jamais de célébrer la libre et active participation des spectateurs à la constitution du sens des œuvres, ne sommes-nous pas au cœur de l'idéologie contemporaine, entendue comme le rôle imaginaire qu'entretient un sujet avec le réel ? Ces apologies de spectatorship sont-elles autre chose qu'une tentative de retarder un inévitable changement de paradigme dans l'art, déjà en cours ? N'y a-t-il pas, autrement dit, quelque chose de désespéré dans l'affirmation de spectatorship à une époque où l'on voitémerger de plus en plus de pratiques à faible coefficient de visibilité artistique qui contestent délibérément la nécessité voire la possibilité pour ceux qui les perçoivent de se constituer en spectateurs ? Des pratiques qui dérobent à la visibilité et donc échappent à toute prescription, à tout contrôle - bref, au régime spectatorial. Quand et pourquoi dans l'histoire des idées le spectateur -« désintéressé », selon la formule d'Emmanuel Kant - émerge-t-il comme figure héroïque des arts visuels ? Et surtout, quels nouveaux usages et usagers commencent-ils aujourd'hui à contester, à déplacer voire à remplacer le spectatorship ? --- To an even greater extent than objecthood or authorship, spectatorship continues to enjoy almost self-evident status in conventional discourse as a necessary component of any plausible artworld. The critical sermons of contemporary art are rife with celebration about free and active viewer participation. Yet is there not something almost pathetic about such claims at a time when ever more practitioners are deliberately impairing the coefficient of artistic visibility of their activity, challenging the very regime of visibility designated by the collective noun "spectatorship"? When art appears outside of the authorized performative framework, there is no reason that it should occur to those engaging with it to constitute themselves as spectators. Such practices seem to break with spectatorship altogether, to which they prefer the more extensive and inclusive notion of usership. Is the current mainstream focus on spectatorship - as a number of recent theoretical publications suggest - not merely a last-ditch effort to stave off a paradigm shift already underway in art? Why and when in the history of ideas did spectatorship - let alone disinterested spectatorship to use Emmanuel Kant's paradoxical term - emerge as the linchpin institution of visual art? And above all, what alternative forms of usership of art are today being put forward to displace and replace it? Stephen Wright |